Les faits dans
l’affaire du virus de
la couronne




Rappelons les faits dans l’affaire du virus de la couronne, bien qu’essentiellement, ils nous échappent. On a voulu nous faire comprendre, au début de cette fâcheuse histoire, que tout aurait commencé dans un marché de Wuhan, dont certains clients cultivaient un appétit malsain pour une variété de tapir exotique.

Sous couvert de la futaie, la chauve-souris se tiraille aveuglément avec des pangolins, grimpés aux arbres pour un dîner d’insectes. Des virions – c’est ainsi, n’est-ce pas, que l’on nomme les particules infectieuses, avant qu’ils n’envahissent les cellules hôtes et ne déclenchent un virus – se sont glissés sous la chair coriace de la bête. Quelque chose s’est infiltré par la membrane fatiguée qui sépare le règne animal de l’humanité.

À qui la faute ? Aux mets chinois ? À la perversité de l’offre et la demande ? Ou à la vie même ? Tout est question de langage. Les virus occupent,
                sur
                        l’échelle
                                des
                                        êtres,
                                                une
                                                        position
ambiguë.

Entièrement voués à leur désir de réplication, ce sont des lignes incomplètes de code, folles d’envie de s’immiscer dans les programmes du monde animal. Ils ne sont qu’en demi-vie, pour détourner le vocable sinistre qu’on applique à la période de décomposition des substances radioactives. L’expression – et le concept – de virion est d’ailleurs arrivée sur le tard*

*1959


et a contribué à donner aux virus un semblant supplémentaire de vie. Chardons tenaces qui s’accrochent aux vivants comme à une idée fixe, adhèrent à nos voies respiratoires, et répètent un seul refrain, une seule phrase insensée, parfois jusqu’à l’étouffement. Et voilà qu’on se retrouve, pour une bête envie de mets chinois, le malheur d’un bégaiement, en pleine histoire de morts-vivants.